
ROBERT & FILS 1630
Gilles Robert arrive rarement sans valise. Impossible pour ce créateur de voyager autrement. Il se déplace avec ses objets, ses images, ses trouvailles, ses dessins et ses cahiers. Fidèle à ce réflexe qui le guide depuis toujours — partir du réel avant de créer — il fait de même avec ses créations, car elles exigent, elles aussi, leur incarnation.
Depuis plus de vingt ans, il fouille, collecte, relie — pour retracer, le plus précisément possible, l’histoire de sa famille, Robert, un nom discret qui a pourtant profondément marqué le paysage horloger suisse et international. Une recherche commencée en 2002, au moment de recréer la marque, et qui, au fil des années, l’a façonné autant qu’elle a façonné son œuvre. Pour percer les secrets familiaux, il n’a pas ménagé ses efforts et a arpenté les registres, les musées, les archives ; il a parcouru les bibliothèques ; il a retrouvé des écrits anciens ou familiaux et a consulté des études généalogiques et pactes successoraux.
De ce patrimoine patiemment réuni, il a voulu extraire plus qu’une mémoire : une flamme à raviver. Celle d’une histoire, née en 1630, puis inscrite dans les branches de chacune des 11 générations de Robert, et qui trouve, en 2025, un nouveau souffle.

1630
Abram Robert
remet le temps en marche
Au Locle, en 1630, Abram Robert est appelé à monter dans le clocher pour réparer l’horloge de la ville. Le mécanisme s’était arrêté, et avec lui, la vie du bourg tout entier. Il refait les pivots, relance le mouvement, et le temps reprend son cours. De ce geste, simple et essentiel, naît une lignée d’horlogers dont le savoir-faire traversera près de quatre siècles.

1725
Josué Robert,
horloger du roi
Près d’un siècle plus tard, la lignée s’est affirmée. Josué Robert, né en 1691 d’une branche généalogique voisine, incarne la quatrième génération. Installé à La Chaux-de-Fonds, il grave son nom dans l’histoire en devenant horloger du roi pour Frédéric-Guillaume Iᵉʳ de Prusse. Fondateur de la maison J. Robert & Fils, il fait rayonner l’horlogerie neuchâteloise bien au-delà de ses vallées, élevant la précision au rang d’art.
1825
Robert & Cie.
De grand-père en petit-fils, l’art horloger s’est transmis sans rupture. Des ateliers familiaux aux premières manufactures, il s’établit à Fontainemelon, où Jacob Robert rejoint, vers 1820, la fabrique fondée en 1793 par Benguerel & Humbert-Droz. Il devient propriétaire, la renomme Robert & Cie en 1815, puis l’agrandit en 1825. Sous son impulsion, la Maison devient l’une des plus importantes du canton, symbole d’un savoir-faire en constante métamorphose.





1855
L’essor et la transmission
Sous la main de Jacob Robert, la fabrique de Fontainemelon se transforme. L’atelier devient une usine, passant de 160 à 800 employés, grâce à l’essor de la révolution industrielle. Visionnaire, il construit une succursale à Corgémont, pour tirer parti de la force de la Suze et des premières machines à vapeur. Avant de s’éteindre à Neuchâtel, il confie la continuité de l’œuvre à ses neveux Henri et Auguste Robert — une branche dont Gilles Robert descend aujourd’hui. À sa mort, elle fut nommée la Fabrique d’horlogerie de Fontainemelon SA, tout en conservant l'appellation des calibres Robert.


1950
L’âge industriel
Au lendemain de la guerre, la Fabrique d’Horlogerie de Fontainemelon connaît son apogée. Sous la direction du père de Gilles Robert, Denis Robert, administrateur délégué, la FHF devient l’un des principaux acteurs d’Ebauches SA. L’usine tourne à plein régime : dix millions de mouvements produits chaque année, plus de 1500 employés. L’industrie vit ses Trente Glorieuses, portée par un souffle de confiance et d’élan collectif. Pour cette génération, l’horlogerie n’est plus un métier : c’est une cité, une vie entière consacrée au temps.
En 1981, le quartz bouleverse tout. Les ateliers se vident, les machines se taisent. La FHF est intégrée au groupe ASUAG, bientôt réuni sous le nom de Swatch Group. Ce qui fut une maison familiale devient une pierre dans l’édifice industriel helvétique. Le temps continue, mais il évolue.



2002
Retrouver la trace
Près de quatre siècles après Abram, la lignée retrouve sa voix. Gilles Robert réveille la maison Robert & Fils 1630, non pour répliquer, mais pour la prolonger. Ses pièces mêlent passé et regard prospectif, mouvement et mémoire. Le temps qu’il crée n’est plus celui qu’on mesure, mais celui qu’on ressent — celui qui relie, d’un geste à l’autre, quatre cents ans d’horlogerie.
